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Le droit à la décence: le Hijab
Fatima Naseef: Droits et Devoirs de la Femme en Islam, Lyon, 1999

Il peut paraître étonnant de considérer le port du hijab légal (vêtement ample qui couvre tout le corps, sauf le visage et les mains) comme un droit à la femme au moment où, aujourd'hui, on le considère comme une gêne et une entrave à sa liberté. Cependant, c'est bel et bien la vérité, le hijab est effectivement un droit à la décence de la femme musulmane que lui confère l'islam. Cette vérité est éclatante pour celui qui veut voir le hijab avec les yeux de la raison et du discernement et veut découvrir la sagesse de Dieu à travers Sa législation.

Si l'islam a prescrit le hijab à la femme musulmane responsable, c'est précisément parce qu'il la considère comme une perle précieuse de grande valeur mais de constitution délicate. Aussi doit-elle être protégée afin de lui éviter tout préjudice ou atteinte à sa dignité. A bien y regarder, on s'aperçoit que l'islam s'est compor­té, vis-à-vis de la femme, parfois comme un éducateur averti, parfois comme un médecin déterminé et souvent comme un guide compatissant. Sa devise dans le domaine médical était « Mieux vaut prévenir que guérir» et dans le domaine pédagogique: « Ecarter les faux prétextes pour préserver les objectifs ». Il a donc défini l'espace de la mixité dans lequel évolue la femme et a établi des règles pour cela. Il a fixé des limites pour les hommes comme pour les femmes. Il a commence par ceux-là dans le verset coranique suivant:

"Dis aux croyants de baisser leurs regards et de préserver leur chasteté. Cela leur est plus pur. Dieu est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu'ils font." Sourate24 - Verset30

Ibn Kathîr commente ce verset en disant:"C'est un ordre que Dieu (swt) adresse à Ses serviteurs, les croyants, pour qu'ils s'abstiennent de regarder ce qui leur a été interdit. Si leur regard devait se poser par inadvertance, sur ce qui leur est défendu, ils devraient s'en détourner très rapidement". Du reste, Muslim rapporte que le grand-père d'Abû Dharda a dit:

"J'ai voulu m'enquérir auprès du Prophète (saw) du regard inopiné, il m'a alors commandé de détourner mon regard." En effet, le regard est une voie de corruption pour le cœur. Les anciens musulmans disaient que le regard est une flèche empoisonnée qui va droit au cœur, et que c'est principalement pour cette raison que Dieu a commandé aux croyants de préserver leur chasteté tout comme Il leur a commandé de baisser le regard."

Après ce commandement adressé aux hommes, Dieu s'adresse aux femmes et les interpelle:

"Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de préserver leur chasteté et de montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leur poitrine; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leur mari ou à leur père ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou à leurs dames de compagnie, ou aux esclaves qu'elles possèdent ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous, tous, devant Dieu, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès." Sourate 24 - Verset 31

L'ordre a été donné aux femmes de baisser leur regard et de préserver leur chasteté. En outre, il leur a été défendu de montrer leurs atours sauf aux proches parents qu'Il a cités exhaustivement. Il leur a également commandé de porter, devant les étrangers seulement, un voile qui leur couvre les cheveux et la poitrine. Ibn Kathîr, dans son commentaire de ce verset, précise « Ce verset a été inspiré, disent les narrateurs, après que Asma Bînt Mirthad eut reçu chez elle des femmes aux vêtements déboutonnés, portant des bracelets aux chevilles et découvrant leur poitrine et leurs mèches de cheveux. En voyant ces femmes, Asma a été choquée et Dieu inspira alors ce verset à Son Prophète.» Ainsi, dans ce saint verset, Dieu (swt) recommande fermement aux femmes d'observer un ensemble de règles morales que nous examinerons l'une après l'autre.

1. Baisser le regard

Une partie des théologiens et commentateurs du Coran disent que la femme, selon l'esprit de l'islam, peut regarder un homme étranger à elle, quand le regard est sans envie, ni désir. Leur argument est fondé sur le récit authentique qui dit que le Prophète (saw) regardait les Ethiopiens jouer avec leurs lances, le jour de l'Aïd, dans la mosquée. 'Aïsha, la Mère des Croyants les regardait également derrière le Prophète qui la cachait des regards jusqu'à ce qu'elle se lassât et retournât chez elle.(Ibn Kathîr, Commentaire du Coran, pg. 283, Tome 3.)

2. Préserver sa chasteté

Le deuxième commandement adressé aux femmes dans ce verset, après celui de "baisser le regard", est celui de préserver leur chasteté de la fornication. Cependant, on rapporte selon certains commentateurs du Coran que «chaque verset qui stipule la protection de la chasteté implique la fornication à l'exception de ce verset qui suppose, en parlant de chasteté, qu'elle ne soit vue de personne parmi les étrangers. (Ibn Kathîr, Commentaire du Coran, pg. 283, Tome 3.)

3. Ne pas montrer ses atours

Al Qourtoubi commente ce verset en disant que "Dieu (swt) a commandé aux femmes de ne pas montrer leurs atours aux gens sauf aux proches cités de façon exhaustive dans le verset plus haut (ces personnes proches sont appelées mahram en langue arabe). La femme doit se couvrir devant toute personne non mahram afin d'éviter toute tentation ou séduction. Ensuite, Dieu fit exception à propos des atours en disant: « sauf ce qui en paraît » ; Dieu n'a pas cru devoir donner plus de précision. Aussi les commentateurs avancèrent-ils des explications différentes. Pour Ibn Mas'ûd, « sauf ce qui en paraît » concerne les vêtements. "

Quant à Saïd Ibn Jubayr (rar) aisni que Atta Al Awâ'î (rar), ils disent: « la parure, c'est l'ensembles des vêtements, du visage et des mains.»

Ibn 'Abbâs, Qatâd Al Mussawir t Ibn Makhzama apprécient autrement le « sauf ce qui en paraît»; c'est le kuhul dans les yeux et la noirceur, la teinture au henné des mains jusqu'à la moitié de l'avant bras, les pendants d'oreilles et les grosses bagues.

En fait, le visage et les mains sont ce qui apparaît à l'accoutumée; dans les cultes de la prière et du pèlerinage, il convient alors de conclure que l'exception que cite le verset se rapporte au visage et aux mains. Du reste. le hadith d'Abou Da'oud rapporté par 'Aïsha confirme ce dernier point de vue: « Asma, la fille d'Abû Bakr entra chez le Prophète (saw) vêtue de vêtements transparents. C'est alors qu'il se détourna d'elle et lui dit: « O Asma, quand la fille devient pubère, il ne convient pas de voir d'elle une autre partie que celles-ci (et il lui indiqua le visage et les mains)» Tel est a été l'avis d'Al Qourtoubi.

Dieu invite les croyantes à cacher certaines parties de leur corps: « Qu'elles rabattent leur voile sur leur poitrine.» L'obligation de porter le hijab est donc expressément stipulée et la femme doit se couvrir le corps devant les étrangers (non marham). Le voile ou khirnâr doit envelopper les cheveux et ses deux pans recouvrir la gorge et la poitrine.

L'imam Al Qourtoubi donne les raisons de la révélation de ce verset et dit: « la cause en est que les femmes, à cette époque, se couvraient la tête mais laissaient descendre les pans de leur voile derrière leur dos à l'instar des Nabatéens qui découvraient de la sorte le cou, la gorge et les oreilles. Alors, Dieu a commandé aux croyantes d'entourer de leur voile leur cou et leur poitrine. » (Sayyid Qutb, A l'ombre du Coran, pg. 573, Tome 1)

Les femmes musulmanes observèrent scrupuleusement cette recommandation divine dès qu'elles l'eurent entendue. Boukhârî rapporte, à ce sujet, que 'Aisha dit:

«Que Dieu accorde Sa grâce aux femmes qui ont émigré avec le Prophète (saw), car elles ont été les premières à appliquer le verset « Qu'elles rabattent leur voile sur leur poitrine » en découpant le long et ample voile qui les couvrait pour se cacher la gorge et la poitrine en même temps que la tête.»

Les premières musulmanes ont immédiatement obtempéré à l'ordre divin, et c'est aux femmes Ansars (médinoises) que 'Aisha fait allusion dans ce dernier hadith. Ibn Abî Hâtim rapporte avoir cité les femmes qurayshites ainsi que leurs mérites; celle-ci lui répon­dit: « Effectivement, les femmes qurayshites ont beaucoup de mérites, mais je jure par Dieu que je n'ai jamais vu de meilleures femmes que celles des Ansars; leur foi en Dieu était plus forte. Dès que la sourate "La lumière" eut été révélée avec les versets du hijab, leurs hommes accoururent chez eux pour en informer leurs épouses, leurs mères et leurs filles qui appliquèrent aussitôt le verset et se présentèrent, le lendemain à la prière de l'aube, enveloppées de leur hijab, silencieuses et immobiles. »

Ce commandement divin adressé aux femmes au sujet de leur voile et de leur pudeur n'est évidemment pas gratuit, il va dans le sens de la protection de l'individu et de la communauté contre l'immoralité. Sayyid Qutb, dans son commentaire de ce verset, dit: « Puisque cette mesure visait à prévenir le danger de la séduction et de la tentation, le verset s'est étendu aux attitudes des musulmanes qui signalaient aux hommes leurs parures cachées et réveillaient en eux le démon de l'envie. Dieu (swt) leur commande de ne pas tinter les anneaux de leurs pieds de sorte que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Il sait parfaitement comment est faite l'âme humaine, ses réactions et ses inclinations. Il sait parfaitement que l'imagination agit davantage que les yeux dans l'excitation des sens. Mais le saint Coran trace la voie à suivre compte tenu de tout cela et renvoie les cœurs des hommes à Dieu.

Quant à Ibn Kathîr à propos du même verset, il relate que l'une des raisons de sa révélation est que la femme de la période préislamique portait des bracelets aux chevilles qu'elle faisait tinter en marchant dans le but de séduire et d'attirer l'attention par le bruit de ses pas. C' est pour cette raison que Dieu a interdit aux croyantes un tel comportement. En outre, la femme qui fait des gestes ostentatoires pour découvrir ses parures commet un péché. Entre également dans les interdits le fait de se parfumer pour sortir de chez elle. Un hadith rapporté par Tirmidhî confirme cet interdit de sortir parfumée. Le Prophète (saw) a dit: «chaque oeil est fonnicateur et la femme qui se parfume et passe devant une assemblée (d'hommes) est fornicatrice. »

La réglementation relative au hijab a été détaillée dans la sourate La lumière et reprise sommairement dans la sourate Les coalisés où il est dit:

"O Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux." Sourate33 - Verset 59.

Quant au terme «ramener» mentionné dans le verset cité plus haut, il signifie, d'après Al Qourtoubi, le fait d'étendre et de laisser tomber le voile. Chaque fois qu'elles veulent sortir de chez elles, elles laissent tomber sur elles les pans de leur voile afin de ne pas se confondre avec celles qui se découvrent, à l'instar des esclaves. L'expression « elles en seront plus vite reconnues» signifie «distinguées » des femmes esclaves, car étant libres, leur liberté affichée empêchait toute convoitise éventuelle de se manifester ouvertement. Il faut souligner que le but n'était pas qu'elles soient reconnues individuellement.

Par ailleurs, L'islam n'a pas donné d'indications précises quant hijab que la femme soit porter sortir de chez elle Bien au contraire, il lui a laissé toute latitude de choisir le vêtement qu'elle veut Si les conditions suivantes son réunies: le hijab doit couvrir tout le corps à l'exception des mains et du visage, être ample, non transparent et non parfumé, et ne doit pas ressembler à un vêtement d'homme.

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